Lettre d'un fusillé : Robert PELETIER
Il s’agirait de Robert Peletier, fusillé le 9 août 1941 à la Vallée-aux-Loups (Châtenay-Malabry), chemin dit de “l’Orme mort”. On ne dispose pas toujours d’informations exhaustives sur certains fusillés, ce qui a permis de donner la parole, à côté de grandes figures célébrées, à des personnes moins illustres.
Robert à son fils
Prison de Fresnes (Seine 6) - 8 août 1941
Prison de Fresnes, le 8 août 1941
Mon Bobby bien-aimé,
Ne pleure pas, mon Bobby, la pensée de tes larmes m’ôte de mon courage.
Mon Dieu ! quand je pense à ton enfance si tourmentée déjà ; quand je pense aux larmes que tu as déjà versées pour moi ; quand je pense que, si jeune, je ne te reverrai plus.
Mais non, je te reverrai, mon Bobby. Dieu nous réunira plus tard, quand tu auras aussi accompli ta tâche sur la terre et je le prierai pour qu’elle te soit moins lourde que la mienne ne l’a été. Et pour cela, je veux aussi te donner des conseils. Travaille, mon Bobby, sois aussi instruit en toutes choses que tu le pourras. Dans quelques années, tu choisiras ta voie. Fais-le posément, en t’interrogeant, en t’interrogeant longuement sur tes goûts, sur tes aptitudes et suis le chemin choisi avec opiniâtreté.
Sois doux et bon, mon Bobby, on ne l’est jamais assez. Je ne l’ai pas été toujours assez avec toi et je le regrette aujourd’hui de toute mon âme. Pourtant, tu sais combien ton Papa t’aime et je pense que, dans ton souvenir, c’est cet amour qui l’emportera sur tout le reste.
[...] Peut-être te sera-t-il donné, si tu travailles bien et si Dieu t’aide, d’être dans vingt ou trente ans un des hommes qui relèvera (sic) la France, qui fera que je ne serai pas mort en vain.
Mais on ne meurt jamais en vain. C’est parce que trop de Français disaient et pensaient le contraire que nous avons connu la défaite avec toutes ses effroyables conséquences.
[...]
Je te bénis, mon Bobby, en demandant à Dieu de t’accorder sur terre à toi, toute innocence, ce que sa justice m’a refusé.
Toute ma pensée va vers toi, je te serre sur mon coeur, je t’embrasse de tout mon âme.
Ton père qui t’aime,
Robert.
Sois fort, sois courageux, sois bon.
VIVE LA FRANCE.
Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko (2003), La vie à en mourir. Lettres de Fusillés
(1941-1944), Éditions Tallandier, Paris, pp. 35-37.
(6) Aujourd’hui Val-de-Marne.