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La prise de conscience de l'horreur du nazisme par les Allemands

21 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

L’action a lieu en mai 1940 à Berlin, au moment où les nazis célèbrent l’occupation de la France. Tandis que certains fêtent ce nouveau succès du régime nazi, Otto Quangel, un contremaître jusque là uniquement préoccupé de son travail, prend brusquement conscience de l’ignominie du nazisme avec l’annonce de la mort de son fils tué au front. Il annonce cette nouvelle à sa future belle fille déjà engagée dans un groupe d’opposants joint à la résistance. L’entrevue a lieu devant une affiche :

 

 

AU NOM DU PEUPLE ALLEMAND

 

Puis trois noms et :

 

ONT ÉTÉ CONDAMNÉS À LA PENDAISON POUR CRIME DE HAUTE TRAHISON.

 

LA SENTENCE A ÉTÉ EXÉCUTÉE CE MATIN

 

AU PÉNITENCIER DE PLOETZENSEE

 

Involontairement, il prend les mains de Trudel dans les siennes, et il l’éloigne de l’affiche.

 

- Qu’y a-t-il donc ? demande-t-elle, toute surprise.

 

Mais elle suit le regard de Quangel et lit également le texte. Une exclamation, qui peut tout signifier, lui vient aux lèvres : protestation contre ce qu’elle vient de lire, désapprobation du geste de Quangel, ou indifférence. Elle remet son agenda en poche et dit ;

 

- Ce soir, c’est impossible, père. Mais je serai chez vous demain vers huit heures.

 

- Il faut que tu viennes ce soir, Trudel, répond Otto Quangel... Nous avons reçu des nouvelles

 

d’Otto...

 

Il voit que toute gaieté disparaît des yeux de la jeune fille.

 

- Otto est mort, Trudel !

 

Du fond du coeur de Trudel monte le même “Oh !” profond qu’il a eu lui aussi en apprenant la nouvelle. Un moment, elle arrête sur lui un regard brouillé de larmes. Ses lèvres tremblent. Puis elle tourne le visage vers le mur, contre lequel elle appuie le front. Elle pleure silencieusement.

 

Quangel voit bien le tremblement de ses épaules, mais il n’entend rien.

 

“Une fille courageuse ! se dit-il. Comme elle tenait à Otto !... À sa façon, il a été courageux, lui aussi. Il n’a jamais rien eu de commun avec ces gredins. Il ne s’est jamais laissé monter la tête contre ses parents par la Jeunesse Hitlérienne. Il a toujours été contre les jeux de soldats et contre la guerre, cette maudite guerre !...”

 

Quangel est tout effrayé par ce qu’il vient de penser. Changerait-il donc, lui aussi ? Cela équivaut presque au “Toi et ton Hitler” d’Anna (7).

 

Et il s’aperçoit que Trudel a le front appuyé contre cette affiche dont il venait de l’éloigner. -

 

Au-dessus de sa tête se lit en caractère gras :

 

AU NOM DU PEUPLE ALLEMAND

 

Son front cache les noms des trois pendus...

 

(7) Sa femme.

 

 

 

Et voilà qu’il se dit qu’un jour on pourrait fort bien placarder une affiche du même genre avec les noms d’Anna, de Trudel, de lui-même... Il secoue la tête, fâché... N’est-il pas un simple travailleur manuel, qui ne demande que sa tranquillité et ne veut rien savoir de la politique ? Anna ne s’intéresse qu’à leur ménage. Et cette jolie fille de Trudel aura bientôt trouvé un nouveau fiancé...

 

Mais ce qu’il vient d’évoquer l’obsède :

 

“Notre nom affiché au mur ? pense-t-il, tout déconcerté. Et pourquoi pas ? Être pendu n’est pas plus terrible qu’être déchiqueté par un obus ou que mourir d’une appendicite... Tout ça n’a pas d’importance... Une seule chose est importante : combattre ce qui est avec Hitler... Tout à coup, je ne vois plus qu’oppression, haine, contrainte et souffrance !... Tant de souffrance !... “Quelques milliers”, a dit Borkhausen, ce mouchard et ce lâche... Si seulement il pouvait être du nombre !...

 

Qu’un seul être souffre injustement, et que, pouvant y changer quelque chose, je ne le fasse pas, parce que je suis lâche et que j’aime trop ma tranquillité...”

 

Il n’ose pas aller plus avant dans ses pensées. Il a peur, réellement peur, qu’elles ne le poussent implacablement à changer sa vie, de fond en comble.

 

Hans Fallada (1965), Seul dans Berlin, Éditions Denoël, Paris, pp. 34-35.

 

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Résistance de la jeunesse allemande : La Rose blanche (Hans et Sophie Scholl)

21 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

Le groupe de résistance La Rose blanche fut fondé au printemps 1942. Le 18 février 1943, Hans Scholl (25 ans) et sa soeur Sophie (22 ans) lançaient des tracts dans la cour intérieure de l’université de Munich lorsqu’ils furent dénoncés par le concierge. Livrés à la Gestapo, ils furent condamnés à mort, puis exécutés avec un de leurs camarades Christoph Probst, âgé de 24 ans.

 

 

L’arrestation de Hans et de Sophie eut lieu un jeudi ; le lendemain, mes parents en furent informés, d’abord par une de nos amies, puis par un étudiant inconnu qui nous téléphona. Ils décidèrent aussitôt d’aller les visiter en prison et de faire l’impossible pour alléger leur sort.

 

[...]

 

Personne ne s’était attendu à une telle précipitation ; nous apprîmes plus tard qu’il s’était agi d’une "procédure d’urgence ", les juges désirant faire un exemple en les envoyant à la mort le plus rapidement possible.

 

[...]

 

Quand mes parents pénétrèrent dans la salle, le procès touchait à sa fin. Ils entendirent presque aussitôt la condamnation à mort.

 

[...]

 

Entre temps, mes parents avaient obtenu le droit de visiter une fois encore leurs enfants. Une telle autorisation était d’ordinaire refusée. Entre quatre et cinq heures, ils gagnèrent la prison. Ils ne savaient pas encore que Hans et Sophie vivaient leur dernière heure.

 

Ils purent d’abord voir Hans. Il avançait dans ses vêtements de détenu, droit, sans lourdeur. Rien d’extérieur ne pouvait atteindre le fond de son être. Ses traits étaient tirés, sa figure plus maigre, comme après un dur combat. Son visage avait maintenant un rayonnement extraordinaire. Il se pencha par dessus la rampe qui les séparait, et leur tendit la main. “Je n’ai pas de haine. Tout cela est loin, loin de moi.” Mon père l’étreignit, et dit : “Vous entrerez dans l’histoire, il y a encore une justice.” Hans chargea mes parents de saluer pour lui tous ses amis. Quand à la fin il cita encore un nom, une larme coula sur son visage ; il se courba un peu, pour que personne ne la vît. Puis il s’en alla, sans la moindre peur, empli d’une profonde, d’une admirable ferveur.

 

Ensuite, une garde amena Sophie. Elle portait sa robe habituelle, et marchait lentement, calme, droite. (On n’apprend nulle part à marcher plus droit qu’en prison.) Elle ne cessait de sourire, comme si elle regardait le soleil. Elle prit avec plaisir les bonbons que Hans avait refusés.

 

“Ah ! très bien. Je n’avais pas encore déjeuné.” Jusqu’au dernier moment, son comportement fut une splendide affirmation de la vie. Elle aussi avait beaucoup maigri ; mais son visage reflétait une expression admirable de triomphe. Sa peau était fraîche, cela surprit notre mère, et ses lèvres, très rouges et brillantes. “Alors maintenant, dit notre mère, tu ne vas plus jamais rentrer à la maison... - Oh ! Quelques années, maman”, fit-elle. Puis, comme Hans, avec conviction, elle déclara : “Nous avons tout pris sur nous, tout.” Et elle ajouta : “Ça va faire du bruit.”

 

[...]

Les gardiens nous dirent :

 

“Ils se sont conduits avec un courage extraordinaire. Toute la prison en était bouleversée. Aussi avons-nous pris le risque-si cela s’était su, il nous en aurait coûté, - de les réunir tous trois avant l’exécution. Nous voulions qu’ils puissent encore fumer une cigarette ensemble. Ce ne furent que quelques instants, mais je crois que cela comptait beaucoup pour eux. - Je ne savais pas que ce fût aussi facile de mourir, dit Christ Probst. Et il ajouta : - Dans quelques minutes, nous nous reverrons dans l’éternité.

 

Alors, on les emmena, d’abord la jeune fille. Elle marcha dans un calme absolu. Nous ne pouvions pas comprendre que cela fût possible. Le bourreau avoua qu’il n’avait encore vu personne mourir ainsi.”

 

Et Hans, avant de poser la tête sur le billot, cria, d’une voix si forte qu’on l’entendit dans toute la prison : “Vive la liberté !”

 

D’abord il sembla que tout fût terminé avec la mort de ces trois victimes.

 

[...]

 

Bientôt pourtant, d’autres arrestations suivirent. Au cours d’un second procès, la Cour de Justice Populaire prononça un grand nombre de peines d’emprisonnement, et trois condamnations à mort, celles de Willi Graf, du professeur Huber et d’Alexander Schmorell.

 

 

Inge Scholl (1955), La Rose blanche. Six Allemands contre le nazisme, Les Éditions de minuit,

 

Paris, pp. 105-113.

 

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Lettre d'un fusillé : Robert PELETIER

21 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

Il s’agirait de Robert Peletier, fusillé le 9 août 1941 à la Vallée-aux-Loups (Châtenay-Malabry), chemin dit de “l’Orme mort”. On ne dispose pas toujours d’informations exhaustives sur certains fusillés, ce qui a permis de donner la parole, à côté de grandes figures célébrées, à des personnes moins illustres.

 

 

Robert à son fils

 

Prison de Fresnes (Seine 6) - 8 août 1941

 

 

Prison de Fresnes, le 8 août 1941

 

Mon Bobby bien-aimé,

 

Ne pleure pas, mon Bobby, la pensée de tes larmes m’ôte de mon courage.

 

Mon Dieu ! quand je pense à ton enfance si tourmentée déjà ; quand je pense aux larmes que tu as déjà versées pour moi ; quand je pense que, si jeune, je ne te reverrai plus.

 

Mais non, je te reverrai, mon Bobby. Dieu nous réunira plus tard, quand tu auras aussi accompli ta tâche sur la terre et je le prierai pour qu’elle te soit moins lourde que la mienne ne l’a été. Et pour cela, je veux aussi te donner des conseils. Travaille, mon Bobby, sois aussi instruit en toutes choses que tu le pourras. Dans quelques années, tu choisiras ta voie. Fais-le posément, en t’interrogeant, en t’interrogeant longuement sur tes goûts, sur tes aptitudes et suis le chemin choisi avec opiniâtreté.

 

Sois doux et bon, mon Bobby, on ne l’est jamais assez. Je ne l’ai pas été toujours assez avec toi et je le regrette aujourd’hui de toute mon âme. Pourtant, tu sais combien ton Papa t’aime et je pense que, dans ton souvenir, c’est cet amour qui l’emportera sur tout le reste.

 

[...] Peut-être te sera-t-il donné, si tu travailles bien et si Dieu t’aide, d’être dans vingt ou trente ans un des hommes qui relèvera (sic) la France, qui fera que je ne serai pas mort en vain.

 

Mais on ne meurt jamais en vain. C’est parce que trop de Français disaient et pensaient le contraire que nous avons connu la défaite avec toutes ses effroyables conséquences.

 

[...]

 

Je te bénis, mon Bobby, en demandant à Dieu de t’accorder sur terre à toi, toute innocence, ce que sa justice m’a refusé.

 

Toute ma pensée va vers toi, je te serre sur mon coeur, je t’embrasse de tout mon âme.

 

Ton père qui t’aime,

 

Robert.

 

Sois fort, sois courageux, sois bon.

 

VIVE LA FRANCE.

 

Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko (2003), La vie à en mourir. Lettres de Fusillés

 

(1941-1944), Éditions Tallandier, Paris, pp. 35-37.

 

(6) Aujourd’hui Val-de-Marne.

 

 

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Lettre d'un fusillé : Guido BRANCADORO

21 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

Guido Brancadoro est fusillé par les Allemands à l’âge de 21 ans, pour avoir participé à de nombreuses actions clandestines : impression et diffusion de journaux et de tracts, sabotages.

 

 

Guido Brancadoro à sa famille

 

Prison de Loos-lès-Lille (Nord) - 30 avril 1942

 

Loos, le 30 avril 1942

 

 

Mes très chers parents, père et mère,

 

À cette heure qui est la dernière pour moi, parce que quand vous recevrez cette présente missive, j’aurai fini de vivre, oui fini, mais courageusement, oui, car c’est en mon pouvoir.

 

Le seul regret que je puisse avoir à cette heure est de vous avoir causé des ennuis, mais je quitte ce monde avec l’espoir que j’obtienne votre pardon, oui, parce que j’ai ce seul regret et qu’avec le regret, il y a toujours le pardon quand arrive cette heure dernière. Je passe par les armes à dix-neuf heures trente avec mes dernières pensées qui vont vers vous.

 

Ce sont les Français qui me livrent, mais je crie : “Vive la France”, les Allemands qui m’exécutent, et je crie : “Vive le peuple allemand et l’Allemagne de demain”.

 

Recevez pour la dernière fois mon dernier message et les derniers baisers de l’amour, d’amour fidèle.

 

Adieu, chers parents.

 

Brancadoro

 

Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko (2003), La vie à en mourir. Lettres de Fusillés

 

(1941-1944), Éditions Tallandier, Paris, p. 161.

 

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Lettre d'un fusillé : Henri Fertet (26 septembre 1943)

21 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

Né dans une famille d’instituteurs à Selencourt (Doubs) en 1926, Henri Fertet fréquente le lycée Victor-Hugo à Besançon. Au cours de l’été 1942, il rejoint le groupe de résistants que dirige Marcel Simon. Sous le matricule Émile-702, il participe à la prise d’un dépôt d’explosifs, à la destruction d’un pylône à haute tension et à l’attaque d’un commissaire des douanes allemand.

 

Arrêté chez ses parents le 3 juillet 1943, il est emprisonné, torturé, et jugé par le tribunal de la Feldkommandantur 560, en compagnie de vingt-six co-inculpés. Il est fusillé le 26 septembre 1943.

 

 

Henri Fertet à ses parents

 

Besançon, prison de la Butte (Doubs)

 

26 septembre 1943

 

Chers parents,

 

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vu si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

 

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin, pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis et, souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez douter de ce que je vous aime aujourd’hui, car avant, je vous aimais par routine plutôt mais, maintenant, je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être, après la guerre, un camarade parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué ; j’espère qu’il ne faillira point à cette mission désormais sacrée.

 

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement mes plus proches parents et amis, dites-leur toute ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et cousins, Henriette. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant mes camarades du lycée.

 

À ce propos, Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin, mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez le “Comte de Monte-Cristo” à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice Andrey de La Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

 

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon cher Papa, mes collections à ma chère maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.

 

Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête.

 

Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

 

Pour moi, ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout et je chanterai “Sambre et Meuse” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a appris.

 

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur les « trois petits nègres », il en reste un. Il doit réussir.

 

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille.

 

Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans ?

 

Maman rappelle-toi :

 

“Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs

 

Qui, après leur mort, auront des successeurs.”

 

Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

 

Un condamné à mort de 16 ans.

 

H. Fertet.

 

Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.

 

Expéditeur :

 

Monsieur Henri Fertet,

 

Au ciel, près de Dieu.

 

Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko (2003), La vie à en mourir. Lettres de Fusillés

 

(1941-1944), Éditions Tallandier, Paris, pp. 243-244.

 

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Lettre d'un fusillé : Henri Bajtsztok

20 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

COMMEMORATION DE GUY MOQUET ET DE SES 26 COMPAGNONS FUSILLES

 

 

 

 

 

 

Lettre de Henri Bajsztok

 

 

Henri Chuna Bajtsztok, après avoir infiltré un réseau de collaborateurs fascistes est chargé d’en éliminer l’un des chefs. C’est au cours de cette mission qu’il est arrêté puis condamné à mort. Il est fusillé à l’âge de 20 ans.

 

 

 

 

Henri Bajtsztok à son professeur

 

 

Prison de Fresnes (Seine 4) - 6 octobre 1943

 

 

 

Fresnes, le 6 octobre 1943 à 13 heures

 

 

Bien cher Monsieur Peyreigne et dévoué éducateur,

 

 

Je ne pensais pas avoir à vous écrire un jour dans de telles conditions, et un tel texte !

 

 

Je vais en effet être exécuté dans trois heures. J’ai été arrêté le 1er juin pour terrorisme (actes de Francs-tireurs et partisans) et condamné avec 25 frères d’armes le 1er octobre, jour de rentrée des classes. Et je me permets de vous adresser l’une de mes trois dernières lettres.

 

 

Tout d’abord, et encore, je me dois de vous remercier de la bonne année 41-42, que je vous dois en grande partie. Pour vous remercier d’avoir essayé, en vain évidemment, de me détourner de cette voie où vous pressentiez, je le voyais, que je m’engageais.

 

 

Mais, mon cher ami, je me sentais fait un peu autrement que la majorité des jeunes, et j’ai toujours voulu faire ce que je disais, une fois mes décisions prises. Ce qui fait que je ne regrette rien, que de causer de la peine à mes amis et camarades, à mes parents, à mon frère.

 

 

Je vais peut-être abuser de votre obligeance, mais je vous prie d’écrire à mon ancien professeur de français, Monsieur Bougnet, aujourd’hui directeur de l’école de garçons Thiers, Le Raincy (S. & O. 5), en lui exprimant également mes remerciements, et pour le prier de s’occuper activement de mon jeune frère, qui est actuellement élève dans son établissement.

 

 

Je vous prie de faire savoir mon sort à mes autres profs, ainsi qu’à Monsieur Bousson et au concierge de l’école, qui le fera savoir à Monsieur Plaud.

 

 

C’est, en gros, tout ce que j’avais à vous dire. Ce que je pense, vous le devinez. Je ne regrette rien.

 

 

Je ne me sens pas [à] plaindre. Je crois que ma mort sera digne de ma vie.

 

 

Je sais pourquoi j’ai vécu et péri. Je vous embrasse très sincèrement en vous remerciant à l’avance.

 

 

Au revoir, mon professeur.

 

 

Signé : Votre Bajtsztok Chuna.

 

 

Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko (2003), La vie à en mourir. Lettres de Fusillés

 

 

(1941-1944), Éditions Tallandier, Paris, pp. 253-254.

 

 

(4) Aujourd’hui Val-de-Marne.

 

 

(5) Seine-et-Oise, aujourd’hui Seine-Saint-Denis.

 

 

 

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Les autres lettres de Guy Môquet

19 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

Guy Môquet est l’auteur de plusieurs lettres adressées aux personnes aimées. A ses parents, c’est la lettre dont l’original est quelques articles plus bas. Mais aussi à une jeune fille. Voici cette histoire.

            Guy Môquet a rencontré en septembre 1941 au camp de Choisel une jeune communiste, Odette Leclan (aujourd’hui Odette Nilès). Une palissade de bois surmontée d’un grillage sépare le secteur des filles et celui des garçons. Malgré cet obstacle ils multiplient les échanges.

            Dans sa lettre, Guy Môquet, amoureux, regrette une tendre promesse de la jeune fille, devenue impossible à réaliser…

 

1939-1945 Lire la suite

Guy Môquet emprisonné au camp de Choiseul

18 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

Guy Môquet est arrêté à l’âge de 16 ans. Acquitté, il est néanmoins gardé en détention. Le jeune homme est interné à la centrale de Clairvaux dans l’Aube. Puis, il est transféré au camp de Choisel à Châteaubriant en Loire-Intérieure (Loire-Atlantique actuelle) le 16 mai 1941. Il retrouve d’autres prisonniers communistes.

1939-1945

L'intérieur de camp de Choisel en juillet 1941.
Source : Amicale de Châteaubriand - Vosves-Rouillé

            Le 20 octobre 1941 le Feldkommandant Karl Hotz est tué à Nantes par trois résistants communistes. En représailles plusieurs otages communistes doivent être fusillés. Parmi les 27 otages exécutés figurent Guy Môquet.

 

 1939-1945

Lettre du sous-préfet de Châteaubriant dénonçant aux autorités allemandes les détenus communistes. Source : SHD

 

 

 

 

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La lutte de Guy Môquet pour la libération de son père

17 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

La famille de Guy Môquet

La famille de Guy Môquet comprend son père le cheminot et député communiste Prosper Môquet, sa mère Juliette et son frère cadet Serge.

 

1939-1945

 

Guy Môquet et son frère Serge à vélo, rue Baron dans le XVIIe arrondissement de Paris, en juillet 1939. Source : Collection Musée de la résistance nationale à Champigny-sur-Marne - Fonds de la famille Môquet-Saffray

 

 

 

Le parcours politique de Prosper Môquet

Prosper Môquet a été responsable syndical à la CGTU, puis élu député communiste en 1936 dans le XVII arrondissement de Paris (quartier des Epinettes). Après la signature du pacte de non agression germano-soviétique en août 1939 le PCF est dissous.

            Il est arrêté en octobre 1939 et démis de son poste de député. Prosper Môquet est de plus condamné en avril 1940 à cinq ans de prison. Il est déporté en Algérie, au bagne de Maison Carrée en mars 1941.

1939-1945

 

Prosper Môquet, le père de Guy, était cheminot et député communiste, élu en 1936 dans le XVIIe arrondissement de Paris. Source : Collection Musée de la résistance nationale à Champigny-sur-Marne - Fonds de la famille Môquet-Saffray

 

La lutte de Guy Môquet pour faire libérer son père

 

Après l’arrestation de son père, Guy, sa mère Juliette et Serge son frère cadet se réfugient à Bréhal (commune du département de la Manche située au nord de Granville), chez les grands-parents maternels de Guy.

 

    Il revient seul à Paris et milite clandestinement au sein des jeunesses communistes.

 

       Parallèlement, il entretient une correspondance avec son père dont il essaie d’obtenir la libération. En novembre il envoie au président de l’assemblée nationale, Edouard Herriot, un long poème en alexandrin.

 

  En voici un extrait :

 

 

« Je suis jeune Français, et j'aime ma patrie
J'ai un coeur de Français, qui demande et supplie
Qu'on lui rende son père, lui qui a combattu
Pour notre belle France avec tant de vertu ».

 

Sources : CRDP Reims : http://www.crdp-reims.fr/memoire/informations/actualites/22_octobre.htm#guy_moquet

Chemins de mémoire  : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichegh.php?idLang=fr&idGH=1021

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Organisation de la séance du 22 octobre

17 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Activités et conférenciers

 

ORGANISATION DE LA SEANCE DU 22 OCTOBRE

 

            Le 22 octobre, la lettre de Guy Môquet sera lu par l’élève de 1ère S3 Elodie MARTIN, en présence de l’ancien combattant Jean GIROST de l’ANACR Romilly et de la classe.

           

            Cette lettre a un fort pouvoir d’émotion. Elle doit susciter également la réflexion sur le sens de l’engagement de Guy Môquet et de la jeunesse dans la Résistance. Le pouvoir de l’émotion doit s’accompagner du devoir de réflexion civique, historique…

 

            Dans cette réflexion, la première démarche est celle de l’information. Qui était Guy Môquet ? Quelle a été son action, son engagement, mais aussi ses valeurs ?

 

            Un travail préparatoire est indispensable pour la compréhension du texte et de la période, mais aussi d’information sur la biographie de Guy Môquet.

 

* Réception des invités : Jean Girost, ancien combattant de l’ANACR Romilly.

 

 

 

* Lecture de la lettre de Guy Môquet par Elodie MARTIN

 

 

 

Des documents sont diffusés par rétroprojecteur : l'orginal de la lettre de Guy Môquet, sa photographie...

 

 

 

* Témoignage du déporté et ses réactions face à la lettre.

 

 

 

* Question des élèves

 

 

 

* Remerciements de la part de tous.

 

 

 

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