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MUSECLIO

Cours Tl histoire : L'émancipation des peuples colonisés (1)

19 Janvier 2011 , Rédigé par M. Martineau Publié dans #Cours Terminale

 

L’émancipation des peuples colonisés : indépendances et tentatives d’organisation (1945- 1975)

 

            Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, plus de la moitié des peuples de la planète se trouve sous la domination de quelques puissances : puissances coloniales comme la France et la Grande-Bretagne, puissance régionale dominante comme l’URSS qui étend son emprise sur l’Europe de l’Est et l’Europe centrale, mais aussi puissance dictatoriale comme dans le cas de l’apartheid en Afrique du Sud.

            Quelles ont été les différentes trajectoires d’émancipation des peuples dépendants depuis 1945 ? La période 1945-1975 a-t-elle permis aux peuples colonisés d’entrer dans le concert des nations ?   

            Après la Seconde Guerre mondiale, les facteurs de décolonisation se sont multipliés ; la quasi-totalité des colonies sont devenues indépendantes avant la fin des années 1960 ; à partir des années 1980, les peuples ont essentiellement lutté pour se soustraire à la dictature et à certaines influences étrangères.

 

I. Quels sont, après 1945, les nouveaux facteurs de décolonisation ?

           

            A. En quoi la guerre a-t-elle accéléré les revendications nationales ?

 

Texte 1 page 180 : La résolution Quit India (août 1942) :

Question 1 page 181 : Que veulent les membres du parti du Congrès ? Quels sont leurs arguments ?

                La déclaration de l’entrée en guerre de l’Inde aux côtés de la métropole provoque un réveil des nationalismes et conduit le parti du Congrès à refuser son soutien au gouvernement britannique à moins d’une reconnaissance de l’Inde comme partenaire reconnu. Cela implique donc l’indépendance. Mais la métropole réplique par un refus, se réfugiant derrière le motif de l’état de guerre. Très rapidement, l’Inde joue un rôle essentiel dans le conflit : l’équivalent de 4 milliards de dollars sont fournis à la métropole et, à partir de 1942, l’Inde se retrouve en première ligne du front allié en Asie. Le danger japonais grandissant, la métropole assouplit ses positions et envoie une « mission de Bons Offices » dirigées par sir Stafford Crips, connu pour ses prises de position anti-impérialistes. Cette mission est un échec face à l’intransigeance de ka Ligue musulmane, qui réclame la reconnaissance du Pakistan, et celle du Congrès, qui demande un transfert immédiat de pouvoir à une Inde unitaire. L’année 1942 voit ainsi se jouer une crise sans précédent entre Indiens et Britanniques. Gandhi lance le nouveau slogan Quit India (« les Anglais hors d’Inde »), résolution adoptée par le Congrès, en partie reproduite ici. Les nationalistes y réclament donc la fin de la domination britannique : «La fin de la domination britannique sur ce pays est donc une question vitale et primordiale. » Cette déclaration constitue le point d’orgie d’une argumentation volontairement provocatrice. Outre une condamnation du colonialisme et de ses effets désastreux sur le pays, le Congrès rappelle les principes de liberté défendus par les Alliés et place le Royaume-Uni face à ses contradictions et aux enjeux de la place de l’empire dans la guerre : « C’est sur la libération de l’Inde que l’on jugera l’Angleterre et les Nations unies », le cas indien étant envisagé comme un exemple pour les autres pays dominés. C’est en accédant à l’indépendance que l’Inde sera le mieux à même de défendre les principes de liberté et de démocratie prônés par les Alliés dans leur combat contre les totalitarismes. La résolution est d’autant plus retentissante que l’Inde joue un rôle essentiel dans le conflit. Elle se présente comme le leader des peuples opprimés qu’elle s’engage à rattacher au camp des Alliés (dernière phrase).   

 

_ Les revendications d’indépendances sont anciennes. Elles n’ont pas cessé depuis le début de la colonisation. Par exemple Gandhi (1869-1948) (p.146) conteste la présence britannique en Inde et a organisé des campagnes de désobéissance civile, de boycott de produits anglais. Dés 1942, le Parti du Congrès de l’Inde somme les Anglais de « Quitter l’Inde ».

_ Ces revendications revêtent des formes de plus en plus modernes – partis politiques, syndicats, presse d’opinion (exemple : le Parti du Congrès dès 1885 en Inde) – et gagnent progressivement la masse de la population. La plupart des organisations naissent ou se développent dans l’entre deux guerres: Le Parti national Vietnamien (1927), le Parti national indonésien (1927), le Néo Destour tunisien et l’action marocaine (1934), le Parti populaire algérien (1937)...  Les partis sont souvent dirigés par une élite occidentalisée : ( les Indiens Gandhi, Nehru (p. 174) et Jinnah sont avocats comme le Tunisien Bourguiba, l’Indonésien Soekarno est ingénieur, l’Algérien Fehrat Abbas est pharmacien... ).

Parti du Congrès (p. 146) : fondé en 1885, parti politique indien qui lutte pour l’indépendance de l’Inde à partir de 1929.

 

Texte 3 page 180 : Déclaration d’indépendance de la République du Vietnam (2 septembre 1945)

Question 3. Comment l’indépendance est-elle justifiée ? Quelles sont les intentions des signataires de cette proclamation ?

            En 1945, les Alliés décident à Potsdam (fin juillet – début août) de confier la réoccupation du nord de la péninsule Indochinoise aux Chinois et le sud aux Britanniques. Le 14 août, à la suite des bombardements sur Hiroshima et Nagasaki, le Japon capitule. Avant l’arrivée des Chinois et des Britanniques s’ouvre un vide politique dont les militaires du Viêt-minh profitent. Les groupes armés sont réorganisés depuis avril en une Armée de libération nationale, commandée par le général Giap, et contrôlent déjà des territoires. Le 16 août, le PCI lance un appel à l’insurrection nationale et crée un Comité de libération nationale, présidé par Hô Chi Minh. Les unités de Giap se mettent en marche vers Hanoi. Le Viêt-Minh prend possession de la capitale le 19, tandis que la prise du pouvoir dans les villes du nord et du centre s’effectue entre le 18 et le 28 août. Le 29 août, un gouvernement provisoire est formé sous la présidence de Hô Chi Minh. Le 2 septembre, à Hanoi, devant une marée humaine, ce dernier lit la déclaration d’indépendance de la République démocratique du Vietnam. Quelques semaines plus tard, en Cochinchine, les premiers contingents venus de France, aidés par les Britanniques se lancent à la reconquête du sud.

            La proclamation de l’indépendance est justifiée habilement par la reprise des principes démocratiques occidentaux et la référence aux deux textes fondateurs que sont la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui sont retournés contre la France, accusée de les bafouer en Indochine : « Et pourtant, pendant plus de quatre-vingts années, les impérialistes français abusant de leur « liberté, égalité, fraternité » ont violé la terre de nos ancêtre et opprimé nos compatriotes ». Le deuxième motif est la collaboration imputée à la France vichyste avec l’envahisseur japonais durant la Seconde Guerre mondiale. En théorie, les Japonais s’étaient engagés à respecter la souveraineté française en limitant leur présence militaire (1940). Mais, dès 1941, ils imposent aux Français un accord autorisant leurs troupes à stationner en nombre illimité et reconnaissant le principe d’une « défense commune » de l’Indochine en cas d’agression extérieure. L’Indochine et intégrée à l’économie de guerre nippone. Fait déterminant pour la suite de l’action des indépendantistes menés par Hô Chi Minh, le mouvement national indochinois peut lutter frontalement contre le pouvoir colonial en se réclamant de la cause alliée, puisque la France vichyste est devenue le partenaire de l’ennemi japonais. C’est ainsi que le texte rappelle le rôle de l’Indochine dans la lutte contre le fascisme, en faisant un argument en faveur d’une émancipation envisagée comme une juste récompense. La République démocratique du Vietnam tire également sa légitimité du fait qu’elle s’est libérée seule du joug nippon et a mérité son indépendance : « Après la reddition des Japonais, notre peuple tout entier s’est levé pour reconquérir sa souveraineté et a fondé la République démocratique du Vietnam. »

            Les signataires se déclarent prêts à aller jusqu’au bout (jusqu’à la guerre) pour conserver leur indépendance : « Tout le peuple du Vietnam est décidé à mobiliser toutes ses forces spirituelles et matérielles, à sacrifier sa vie et ses biens pour garder son droit à la liberté et à l’indépendance. »

 

_ La Seconde Guerre mondiale a stimulé les revendications : elle a abaissé le prestige des grandes puissances coloniales, a vu la victoire du camp des défenseurs de la liberté, de la démocratie et du « droit de tous les peuples à choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils veulent vivre » (charte de l’Atlantique signée par Roosevelt et Churchill en 1941). En outre, ceux qui ont combattu dans les troupes alliées rapportent l’espoir d’une reconnaissance.

_ En Asie, le Japon a balayé «l’impérialisme blanc» et a présenté son occupation comme une revanche des peuples de couleurs sur les Blancs. Les grandes puissances coloniales européennes (France, Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique) ne sont sorties de la guerre du côté des vainqueurs que grâce aux Etats-Unis ou l’URSS. Et pendant la guerre, le Royaume-Uni et la France ont multiplié les promesses pour gagner l’appui nécessaire des colonies. Pour rallier l’Afrique Noire toute entière à la France Libre, De Gaulle, dans son discours de Brazzaville, en 1944, sans aller jusqu’à promettre l’indépendance, annonce une participation des colonies à la marche des affaires. A partir de 1945, les colonies réclament donc cette émancipation qu’on leur a laissé entrevoir.

_ L’Europe sort ruinée de la Guerre. Les métropoles ne maintiennent que difficilement l’emprise sur leurs colonies. La domination par la force devient aussi un problème dans le sens où les métropoles n’ont plus les moyens d’entretenir des corps expéditionnaires partout, excepté dans les villes principales et les points stratégiques. Ils ne peuvent donc plus tenir la totalité des pays.

_ Or ces expéditions lointaines coûtent cher et grèvent les budgets et freinent la reconstruction économique des métropoles au lendemain de la guerre. Il est à noter que les pays qui ont connu la plus forte croissance économique après la guerre sont l’Allemagne, l’Italie et le Japon qui justement n’ont pas la charge d’un empire colonial. La forte croissance de l’économie française ne survient qu’à partir de 1962, après avoir évacué le problème algérien.

 

            B. En quoi le conflit a-t-il créé un contexte favorable à la décolonisation ?

 

Texte 5 page 187 : L’ONU et la question indonésienne

Question 5 page 181 : Pourquoi l’ONU intervient-elle dans la question indonésienne ? Que préconise-t-elle ?

            L’ONU intervient dans la question indonésienne pour mettre fin aux hostilités entre les Pays-Bas et les Républicains et fixer un compromis pacifique entre les deux parties : « Le Conseil invite les gouvernements des Pays-Bas et de la République d’Indonésie à coopérer pleinement en vue de rendre effectives les dispositions de cette résolution. »C’est avec cet épisode que l’ONU, en vertu de ses principes fondateurs de maintien de la paix et d’ »égalité de droits des peuples et leur droit à disposer d’eux-mêmes»  (article 1er de la charte de San Francisco), devient une tribune de l’anticolonialisme. Les Pays-Bas sont alors la première puissance coloniale mise en procès sur la scène internationale.

             L’ONU préconise un arrêt préalable des opérations militaires des deux côtés, la libération des leaders emprisonnés et le retour dans leurs fonctions ainsi que la reprise des négociations sous l’égide d’une « commission des Nations unies pour l’Indonésie », tout en confirmant l’indépendance. La suite de cette résolution fixe le calendrier du transfert progressif de souveraineté aux Etats-Unis d’Indonésie.

 

_ Le principe des peuples à disposer d’eux-mêmes est repris dans la Charte des Nations Unies en 1945, puis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Aussi, dès le début des années 1950, l’ONU devient une tribune internationale de soutien à la décolonisation.  De plus chaque décolonisation est marquée par l’entrée d’un nouveau pays dans l’organisation, lequel appuie les revendications des autres.

_ Au sein des pays coloniaux, les mentalités évoluent : l’opinion publique voit de moins en moins l’intérêt de conserver des colonies, et les partis de gauche soutiennent les revendications indépendantistes.

 

_  Les deux nouvelles grandes puissances sont hostiles au fait colonial :

* l’URSS au nom de la doctrine marxiste, d’autant plus qu’un certain nombre de mouvements nationalistes sont d’inspiration communiste ;

* Ancienne colonie anglaise, les Etats Unis se déclarent par principe favorables au mouvement de décolonisation. Ils donnent l'exemple en accordant l’indépendance aux Philippines en 1946 et n’hésitent pas au besoin, à faire pression sur leurs Alliés européens réticents. Mais, en raison de la guerre froide, ils adoptent dès 1949, une attitude plus prudente par crainte de voir les territoires émancipés passer dans le camp soviétique.

 

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