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MUSECLIO

Cours TL ES/L : Bilan et mémoire de la 2e Guerre mondiale (3)

8 Mai 2011 , Rédigé par M. Martineau Publié dans #Cours Terminale

 

 

III. Quelle est l’histoire de la mémoire officielle ?

 

            A. La célébration de la Résistance (1945 -1969)

 

_ La mémoire officielle c’est celle de l’unanimité nationale autour de la Résistance, une position voulue par le Gaullisme. Charles de Gaulle est à cette époque chef de la France libre puis du GPRF, il contribue à la réconciliation nationale en imposant l’image d’une France majoritairement résistante. Cependant des  déchirures existent entre résistants qui sont liées à la Guerre Froide.

_ Le Mont Valérien est un lieu d’exécutions de résistants devenu lieu de mémoire. C'est là que les Allemands fusillèrent, pendant l'occupation, de 1940 à 1944, plus d'un millier de résistants et d’otages. A la fin de la guerre: le 18 juin 1945, le général de Gaulle a consacré lui-même ce haut-lieu au cours d'une cérémonie dédiée à la mémoire des massacrés et fusillés.

_ 1964 est l’année de l’institution du CNRD (concours national de la résistance et de la déportation). Le 19 décembre 1964 les cendres de Jean moulin sont transférées au Panthéon.

 

INA : Discours Malraux en hommage à Jean Moulin : http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/video/I00013183/hommage-d-andre-malraux-a-jean-moulin-entre-ici.fr.html

 

Texte d’André Malraux : hommage à Jean Moulin page 280

T. P. question 1 à 5 page 280

Question 1 page 280 : Présentez le document.

                Le document est un extrait du discours prononcé par André Malraux, ministre des Affaires culturelles du président de Gaulle, lors de l’hommage national rendu à Jean Moulin, au Panthéon, le 19 décembre 1964, soit 21 ans après sa mort, c’est-à-dire le temps mis par les générations nées pendant la guerre pour devenir les électeurs dont Charles de Gaulle espère le suffrage lors de la prochaine élection présidentielle, pour la première fois au suffrage universel direct, en 1965.

 

Question 2 page 80 : Qui constitue le « peuple de la nuit », « né de l’ombre » qui accompagne Jean Moulin ?

                L’expression « armée de l’ombre », inventée par les Vichystes pour discréditer la France Libre en se référant au mythe antique des forces de la nuit, les Furies, et en faisant un jeu de mots sur Londres et « l’ombre », fut reprise à son compte par la Résistance française qui faisait ainsi allusion à l’église secrète des catacombes, porteuse de lumières d’espoir et finalement triomphante. C’est de cette acception positive que Malraux, en grand prêtre d’une cérémonie littéralement religieuse, s’inspire pour inventer son « peuple de la nuit […] né de l’ombre » qui désigne les Résistants, anonymes ou non, qui se sont battus dans l’ombre de leurs réseaux secrets et qui ont « disparu » avec l’ombre, c’est-à-dire se sont sacrifiés pour la Libération, et dont il proclame les Français et leur gouvernement « frères ». Malraux, faute de vraie connaissance ou de compréhension suffisante de la différence radicale entre « camp de concentration » et « camp d’extermination », fait de tous les concentrationnaires des Résistants déportés. Sa volonté de réaffirmer pour les témoins et acteurs de la guerre, et de transmettre aux jeunes générations qui accèdent à l’âge du vote, le double mythe gaulliste de l’unanimité victorieuse de la France et de l’inexistence de Vichy, le conduit à oublier les prisons, camps d’internement et centres de tris situés en France sous contrôle vichyste. Cet amalgame et ce silence lui permettent de grossir les rangs du « peuple de l’ombre » de « tous les rayons et tondus » déportés pour des raisons raciales que la France n’était pas encore prête à reconnaître.

 

Question 3 page 80 : Montrez comment Malraux fait de Jean Moulin un héros national.

                Le résistant Jean Moulin qui, dans des circonstances toujours obscures, fut trahi et mourut en juin 1943 des suites des tortures qui lui furent infligées par la Gestapo de Lyon –alors dirigée par Klaus Barbie – était par son martyr reconnu comme l’un des nombreux héros de la Résistance. Malraux lui donne la dimension d’un héros national en soulignant son rôle dans l’unification des différents mouvements de résistance, c’est-à-dire, selon le mythe gaulliste de « la seule France qui compte », de rassembleur de la nation autour de son seul chef légitime, le général de Gaulle. Cependant, Malraux, soucieux de ne pas « faire de l’ombre » au chef de la France libre, se garde bien de préciser que Jean Moulin fut, de janvier 1943 à son arrestation en juin, le premier président du Conseil national de la Résistance, organisme dont la légitimité paraissait, aux yeux des non-gaullistes, plus authentique que celle du général. De plus, par un raccourci vertigineux, Malraux fait de la nation l’héritière unanime et unie du « peuple né de l’ombre » et de tous les Français les « frères » des martyrs de la Résistance.

 

Question 4 page 80 : En quoi cet hommage glorifie-t-il le général de Gaulle ?

                Le discours de Malraux, inspiré par le sens de béatification laïque – au Panthéon- de la cérémonie dont il est le grand prêtre, est construit sur la symbolique de la « sainte trinité » : de Gaulle y est le dieu-père, par essence légitime, qui commande tout, qui « peut seul appeler… », « car c’est à travers lui seul que la France… » ; Jean Moulin est le fils « parachuté », divinement mandaté (« a pour mission ») et secrètement identifiable à un signe venu du dieu en personne (« dans le double fond d’une boîte d’allumettes, la microphoto… ») ; le « peuple né de la nuit et disparu avec elle » est le saint esprit de « l‘Ordre de la nuit », c’est-à-dire de la chevalerie gaulliste que Le Canard enchaîné caricaturait sous la forme d’une cour d’Ancien Régime. Cette thématique place le général de Gaulle au sommet de sa gloire, dans les limbes, et le peuple français au plus profond de sa dévotion, prêt à voter.

 

Question 5 page 80 : Quel « visage de la France » Malraux veut-il que « la jeunesse » retienne et honore ?

                Malraux joue de nouveau de la thématique chrétienne en faisant du visage, « informe » de Jean Moulin mort torturé (dont il proclame symboliquement la « résurrection », et dont il appelle les témoins et la nouvelle génération d’électeurs à retenir la « passion »), l’image de la France martyrisée. C’est donc l’image d’une France libre et/car martyre que Malraux invite la « jeunesse » (qui, n’ayant été ni « témoin », ni acteur, suivra donc « l’évangile gaulliste ») à retenir et à honorer, c’est-à-dire à sacraliser par un vote massif, plébiscitaire, en faveur du général de Gaulle.

 

            B. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français (1969 à nos jours)

                       

                        1) De 1969  à 1990 : L’Etat reconnaît sa culpabilité

 

_ De 1969 à 1990 le gaullisme historique prend fin alors que la mémoire juive entre en mutation.

* En 1972 la grâce présidentielle accordée à l’ancien responsable de la milice Paul Touvier provoque un scandale.

 

Texte 3 page 274 : La fin du mythe du « bouclier »

Question 2 page 275 : Comment Robert Paxton explique-t-il le « mythe du bouclier » ? Comment le récuse-t-il ?

            Paxton récuse le mythe du bouclier par l’observation de la primauté de la Révolution nationale dans les préoccupations d’un gouvernement de Vichy qui se donnait pour but principal non de parer aux coups de l’occupant mais d’abattre la République.

 

_ En 1973 l’historien américain Robert Paxton démontre dans La France de Vichy la responsabilité du régime de Vichy  dans le programme antisémite.

_ L’Etat français fini par reconnaître une double culpabilité : avoir accepté le régime de Vichy, n’avoir pas pu ou su accepter la vérité et punir les coupables.

 

                        2) De 1990 à nos jours : une représentation plus équilibrée.

 

INA : http://www.ina.fr/politique/gouvernements/video/CAB95040420/vel-d-hiv-chirac.fr.html

 

Texte page 283 : discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995

Avec vos connaissances, expliquez pour quelles raisons le discours de Jacques Chirac en juillet 1995 marque une rupture décisive.

            Le discours du 16 juillet 1995 du président Jacques Chirac constitue une rupture à deux titres :

            - d’une part, il reconnaît la participation de l’Etat français à la Shoah, c’est-à-dire au crime contre l’humanité, ce qui n’avait jamais encore été dit officiellement, publiquement, au nom de la France (François Mitterand avait, en 1993, institué le 16 juillet « journée nationale commémorative » en veillant bien à ce que les mots « crime », « Etat de droit » et « France » n’apparaissent pas, ce qui explique la formule alambiquée de « persécutions commises sous l’autorité de fait dite de gouvernement de l’Etat français »).

            - d’autre part, il passe de la désignation de l’Etat français et de ses forces de police et de gendarmerie comme responsables d’avoir « secondé » la politique nazie de génocide des Juifs à la désignation de la France comme coupable d’avoir accompli l’irréparable et trahi ses principes essentiels : jamais encore l’Etat français n’avait été reconnu comme « la France » (sauf, évidemment, par Pétain et les Vichystes eux-mêmes, mais Jacques Chirac s’en démarque radicalement en désignant la France comme « patrie des Lumières et des droits de l’Homme », ce qui n’était notoirement pas celle de Vichy).

 

_ Lors de son discours du 16 juillet 1995 Jacques Chirac reconnaît la France coupable des crimes commis par l’Etat de Vichy. Cette prise de position résulte d’un long processus :

* En France en 1990 la loi Gayssot condamne tout propos négationniste. En 1993, François Mitterrand fait du 16 juillet une « Journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite « gouvernement de l’Etat français »  (1940-1944). Et, le 16 juillet 1995, lors du 53ème anniversaire de la rafle du Vel’ d’hiv le président  J. Chirac reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs.

* En 1997 La mission Mattéoli est chargée d’indemniser les familles spoliées.

* La Fondation pour la Mémoire de la Shoah est créée  en 2000. La journée du 16 juillet vise désormais à commémorer « les crimes racistes et antisémites de l’Etat français » sans plus de précisions.

 

 

 

Tle Fiche d’objectifs histoire

 

BILAN ET MEMOIRES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 

    SAVOIR   

 

I. Le bilan de la guerre : Pourquoi la France reste-t-elle marquée par les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale ?

                A. Quel est le bilan humain ?

                B. Quel est le bilan matériel ?

                C. Quel est le bilan politique ?

                D. Quel est le bilan moral ?

II. Quelles sont les différentes mémoires ?

A. Mémoire du Génocide

                B. Mémoire de la Résistance

                C. Mémoires en chantier : tziganes, prisonniers, homosexuels

                D. Mémoires des vaincus : collaborateurs

III. Quelle est l’histoire de la mémoire officielle ?

                A. La célébration de la Résistance (1945 -1969)

                B. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français (1969 à nos jours)

                               1) De 1969  à 1990 : L’Etat reconnaît sa culpabilité

                               2) De 1990 à nos jours : une représentation plus équilibrée.

 

2/ JE SAIS DEFINIR :

 

Inflation (p. 264) : augmentation générale des prix entraînant le plus souvent une dépréciation monétaire.

GPRF : Gouvernement provisoire de la République française. Nom pris à Alger le 3 juin 1944 par le Comité français de libération nationale présidé par le général de Gaulle.

Collaboration (p. 264) : politique de coopération économique et politique pratiquée par un Etat vaincu avec un Etat occupant.

Epuration : répression à partir de 1944-1945 des actes de collaboration avec l’Allemagne nazie.

Mémoire : Représentation mentale du passé.

Génocide : Avec une minuscule, ce terme désigne l’extermination volontaire et systématique d’un peuple. Avec une majuscule, il désigne plus précisément le génocide des Juifs et des Tsiganes. Terme forgé par le juriste américain Raphael Lemkin en 1944.

Shoah : désastre, anéantissement en hébreu

Négationnisme : falsification de l’histoire : Courant dans les années 1970 qui nie l’existence des chambres à gaz.

Crime contre l’humanité : « Actes inhumains » et toute forme de persécution, politique, racial ou religieuse perpétrée contre une population.

Porainos : génocide dans une langue tzigane.

Milice (p. 268) : organisation militaire, fondée par Joseph Darnand en 1943, qui pourchasse et combat les Résistants, les Juifs et les réfractaires au STO, en collaboration avec les troupes allemandes.

 

3/ JE SAIS LOCALISER DANS LE TEMPS :

 

_ Phases de la mémoire du génocide juif :

*  1945-1961 : la singularité du Génocide des juifs n’est pas reconnue.

* 1961-1970 : Prise de conscience de la communauté juive

* fin 1971 – 1989 : lutte contre le négationnisme

_ 1961 : Procès Eichmann 

_ 1964 : CNRD, transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon

_16 juillet 1995 Jacques Chirac reconnaît la France coupable des crimes commis par l’Etat de Vichy

 

SAVOIR FAIRE

4/ JE SAIS ETUDIER UN TEXTE

5/ JE SAIS CONFRONTER DES TEXTES

 6/ JE SAIS COMMENTER UNE AFFICHE DE FILM

 

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