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MUSECLIO

Lettre d'un fusillé : Henri Bajtsztok

20 Octobre 2007 , Rédigé par J.-V. Martineau Publié dans #Concours et club histoire

 

COMMEMORATION DE GUY MOQUET ET DE SES 26 COMPAGNONS FUSILLES

 

 

 

 

 

 

Lettre de Henri Bajsztok

 

 

Henri Chuna Bajtsztok, après avoir infiltré un réseau de collaborateurs fascistes est chargé d’en éliminer l’un des chefs. C’est au cours de cette mission qu’il est arrêté puis condamné à mort. Il est fusillé à l’âge de 20 ans.

 

 

 

 

Henri Bajtsztok à son professeur

 

 

Prison de Fresnes (Seine 4) - 6 octobre 1943

 

 

 

Fresnes, le 6 octobre 1943 à 13 heures

 

 

Bien cher Monsieur Peyreigne et dévoué éducateur,

 

 

Je ne pensais pas avoir à vous écrire un jour dans de telles conditions, et un tel texte !

 

 

Je vais en effet être exécuté dans trois heures. J’ai été arrêté le 1er juin pour terrorisme (actes de Francs-tireurs et partisans) et condamné avec 25 frères d’armes le 1er octobre, jour de rentrée des classes. Et je me permets de vous adresser l’une de mes trois dernières lettres.

 

 

Tout d’abord, et encore, je me dois de vous remercier de la bonne année 41-42, que je vous dois en grande partie. Pour vous remercier d’avoir essayé, en vain évidemment, de me détourner de cette voie où vous pressentiez, je le voyais, que je m’engageais.

 

 

Mais, mon cher ami, je me sentais fait un peu autrement que la majorité des jeunes, et j’ai toujours voulu faire ce que je disais, une fois mes décisions prises. Ce qui fait que je ne regrette rien, que de causer de la peine à mes amis et camarades, à mes parents, à mon frère.

 

 

Je vais peut-être abuser de votre obligeance, mais je vous prie d’écrire à mon ancien professeur de français, Monsieur Bougnet, aujourd’hui directeur de l’école de garçons Thiers, Le Raincy (S. & O. 5), en lui exprimant également mes remerciements, et pour le prier de s’occuper activement de mon jeune frère, qui est actuellement élève dans son établissement.

 

 

Je vous prie de faire savoir mon sort à mes autres profs, ainsi qu’à Monsieur Bousson et au concierge de l’école, qui le fera savoir à Monsieur Plaud.

 

 

C’est, en gros, tout ce que j’avais à vous dire. Ce que je pense, vous le devinez. Je ne regrette rien.

 

 

Je ne me sens pas [à] plaindre. Je crois que ma mort sera digne de ma vie.

 

 

Je sais pourquoi j’ai vécu et péri. Je vous embrasse très sincèrement en vous remerciant à l’avance.

 

 

Au revoir, mon professeur.

 

 

Signé : Votre Bajtsztok Chuna.

 

 

Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko (2003), La vie à en mourir. Lettres de Fusillés

 

 

(1941-1944), Éditions Tallandier, Paris, pp. 253-254.

 

 

(4) Aujourd’hui Val-de-Marne.

 

 

(5) Seine-et-Oise, aujourd’hui Seine-Saint-Denis.

 

 

 

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