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MUSECLIO

2e Guerre Mondiale : Lettre de Mme Dubois, parente de Jean Moulin

22 Septembre 2010 Publié dans #Activités et conférenciers

LETTRE DE MADAME DUBOIS, PARENTE DE JEAN MOULIN

 

 

La lettre ci-dessous est la réponse à une lettre envoyée par la classe de 1ère L2 en 2010. L'envoi de cette lettre s'inscrit dans le cadre de l'étude de la seconde guerre mondiale dans le programme d'histoire de 1ère.

 

La lettre envoyée par la classe avait été l'objet d'une réflexion de la part de la classe pour déterminer quelles questions pouvaient être posées. La lettre elle-même avait été écrite par une élève chinoise qui pouvait ainsi améliorer la maîtrise de son français, sous la supervision d'autres élèves et du professeur.

 

La réponse de madame Dubois a été l'occasion en ECJS d'une lecture en classe, suivie par un échange dialogué ainsi que la rédaction d'une lettre de remerciement.

 

 

"Pont Saint Esprit le 21 juin 2010

 

 

            Monsieur Martineau,

 

Votre lettre du 13 mai avec les élèves de votre lycée Frédéric et Irène Joliot Curie m’est parvenue il y a seulement quelques jours, et j’essaie de vous répondre. Jean Moulin était notre petit cousin. Notre mère était sa cousine germaine c’est-à-dire que la mère de Jean Moulin  et la mère de notre maman étaient deux sœurs.

Depuis notre naissance nous l’avons bien connu et nous étions presque adultes au moment de sa mort.

            Tout le monde dans notre famille était pour le général de Gaulle et sa sœur à Montpellier l’a aidé pendant la résistance en décryptant pour lui des messages codés envoyés par radio.

            Jean Moulin que nous appelions cousin Jean a été élevé par ses parents d’une façon honnête et républicaine, son père avait beaucoup travaillé pour réhabiliter Dreyfus qui avait été condamné à tort parce qu’il était juif. Il a été réhabilité en 1896.

            Comment aurait-il pu admettre le nazisme ?

            En juin 1940 lorsqu’il était préfet de Chartres, les Allemands envahissaient la France. Il a demandé à tout son personnel de rester sur place à Chartres alors que tout le monde s’enfuyait devant l’armée allemande.

            Les nazis ont voulu lui faire signer un papier pour condamner les Tirailleurs Sénégalais de l’armée française d’avoir martyrisé des personnes, alors qu’elles étaient tuées par des bombardements.

            Il refusait de signer. Après l’avoir battu et torturé les Allemands l’ont mis dans une remise. Il a essayé de se trancher la gorge - il y avait partout des éclats de verre – pour ne pas être obligé le lendemain de signer ce papier déshonorant.

            Cela s’est passé le 17 juin 1940, la veille du jour où De Gaulle a lancé son appel du 18 juin.

            Par la suite il a écrit tout ce qui s’était passé et vous pouvez trouver tous ces détails dans le petit livre que sa sœur a fait éditer aux Editions de Minuit sous le titre « Premier combat ».

            En novembre 1940 il a été limogé par Vichy de ses fonctions de Préfet et il est venu à Saint Andiol – c’est là qu’il prenait sa carte d’alimentation – et il a pris comme nouveau métier « agriculteur » car ils avaient quelques terres.

            Il a commencé à chercher et rencontrer tous les gens qui faisaient de la résistance. Toujours d’une façon discrète pour ne pas être arrêté. Il voyageait souvent entre Lyon-Marseille et Nice où il avait installé une galerie de peinture – cela justifiait ses nombreux déplacements. Saint Andiol était une étape entre toutes ces villes et c’est pourquoi nous l’avons vu souvent pendant cette période.

            Lorsqu’il a rencontré pas mal de résistants il a voulu aller voir le général de Gaulle pour organiser cette résistance. Cela lui a été difficile pour partir et il a mis deux mois pour aller à Londres et il a pu faire ce voyage à partir du Portugal.

            Il est resté à Londres plusieurs semaines et il a rencontré souvent le général de Gaulle qui avait une tendance politique plus à droite que Jean Moulin. Mais son métier de préfet et d’organisateur a permis au général de Gaulle de l’apprécier et il l’a nommé chef de la résistance en France. Après avoir fait quelques expériences de parachutage il est retourné en France parachuté dans les Alpilles avec Fassin et Monjaret – du 1er au 2 janvier 1942. Nos parents comprenaient qu’il s’occupait de résistance et nous étions ma sœur et moi trop jeunes pour être initiées. Lorsque cousin Jean venait nous étions toutes les deux très contentes. Nous l’aimions beaucoup. Il était très agréable et très taquin. Nous le taquinions aussi.

            Il a donc organisé le regroupement de tous les noyaux de résistance. Cela a pris du temps et le 27 mai 1943 il a donc organisé l’union entre les mouvements de résistance. Cela a pris du temps et le 27 mai 1943 il a donc organisé l’union entre les mouvements de résistance, les partis politiques (malgré quelques critiques) et les syndicats. C’était le Conseil National de la Résistance – au 48 Rue du Four à Paris – ce qui fait que toute la France était unie et il avait aussi préparé le fonctionnement de la nouvelle République. Cela a été très utile pour le général de Gaulle à la Libération.

            Ils avaient un poste émetteur et avec son secrétaire Daniel Cordier ils ont prévenu Londres de cette réunion. En juin 1943 le général Delestraint chef de l’armée secrète de la résistance a été arrêté et il a fallu faire une réunion à Caluire pour le remplacer. Le dénommé Hardy a été envoyé à cette réunion par un mouvement de résistance. Or il avait déjà été arrêté et a été suivi par les Allemands jusqu’à Caluire où les Allemands ont arrêté tous les résistants présents, mais Hardy a pu s’enfuir.

            Jean Moulin a été conduit au fort Montluc à Lyon puis à Paris où il a subi de nombreuses tortures. Ensuite on l’a envoyé à Berlin mais il est décédé le 8 juillet 1943 à Metz dans le train.

            Nous avons appris son décès seulement quelques temps après et vous pensez bien avec beaucoup de peine.

            Par la suite Klaus Barbie a été jugé non pour Jean Moulin mais pour crimes contre l’humanité.

            Il nous a laissé beaucoup de souvenirs de famille très agréables, avant la guerre nous avons fait de nombreuses excursions en Provence.

            A la Libération la France s’est réorganisée et pendant de nombreuses années on ne parlait pas beaucoup de la Résistance qui avait été vraiment discrète.

            Depuis quelque temps la Résistance revient au 1er plan et les historiens cherchent à décrypter comment cela s’est passé. Il y aura toujours des éléments inconnus et il existe encore des gens qui peuvent témoigner.

            Pour nous Jean Moulin en France et le général de Gaulle avec les alliés ont été deux sauveurs de la France. Ses cendres ont été transférées au Panthéon en décembre 1964.

            Nous vous remercions de toutes ces questions et de l’intérêt que vous portez à cette période pour la transmettre aux jeunes générations.

            Veuillez agréer, Monsieur le Professeur nos bien sincères salutations et veuillez transmettre à vos élèves toute notre sympathie.

 

    

Mme André Dubois                              Mlle Suzanne Escoffier"

 

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