L’ENRACINEMENT DE LA CULTURE REPUBLICAINE DANS LES DECENNIES 1880 ET 1890
Manuel Nathan Côte 1ère
Introduction : La
IIIe République est la plus longue république de l'histoire de France. Mise en place avec
difficulté, elle finit par se consolider et par s'enraciner dans l'esprit des citoyens français, au point d'être indissociable de l'idée de patrie. Mais les
gouvernements français des années 1880 et 1890 ont dû se battre pour faire triompher l'idéal républicain.
Problématique : De quelle manière et pour quelles
raisons les Français se sont-ils ralliés à la République ?
Comment la République et ses valeurs se sont-elles enracinées en France dans les
décennies 1880 et 1890 ?
Comment et pour quelles raisons les Français se sont-ils ralliés à la République de 1879 à 1901
?
I. Comment une culture politique républicaine
se met-elle en place à travers les lois et les pratiques citoyennes ?
A. Pourquoi l’idéal républicain doit-il vaincre les réticences et les peurs au début de la III République
?
Pourquoi la République fait-elle peur au début de la III
République ?
En 1880 les Républicains doivent faire accepter à l’opinion publique un régime politique républicain malgré les échecs de la I et II
République, et malgré les peurs parmi la bourgeoisie (épisode sanglant de la Commune en 1871) et la noblesse (Terreur révolutionnaire en 1793).
_ Au début de la III République la République est :
* Un régime considéré comme meurtrier pour les monarchistes après la
Terreur de 1793 (guillotine pour le roi Louis XVI, pour de nombreux nobles…).
* Un régime qui fait peur à la bourgeoisie à cause de la prise
de pouvoir par des républicains radicaux et de gauche lors de la Commune de Paris en 1871. L’exécution de 47 otages souvent religieux par les Communards lors de la guerre civile entraîne une
vision négative de la révolution parisienne.
Jean-Jacques Chevalier, « la Commune était l'expression, chez ses meneurs, d'un républicanisme ultra rouge,
antireligieux, jacobin, prolétarien, fouetté par la haine pour cette assemblée monarchiste. »
_ De plus, l’idéal de la République est déconsidéré par les deux échecs de la I et II
République.
Pourquoi la République s’impose-t-elle alors que les Républicains sont minoritaires en
1870 ?
_ La République est issue de la défaite
militaire de la France face à la Prusse et de l’effondrement du II Empire en 1870. De plus les élections de 1871 ont envoyés une majorité de monarchistes au Parlement. Ce n’est qu’en 1879 que les Républicains modérés détiennent la
majorité dans les deux chambres et la présidence de la République.
_ La III République
est donc récente (amendement Wallon de 1875) et les valeurs républicaines doivent s’enraciner dans les esprits des Français.
B. Comment les lois permettent-elles d’obtenir un consensus politique en faveur de la République ?
Texte 2 page 314 : Les libertés publiques
Question 1 page 314 : En quoi ces
lois favorisent-elles l’enracinement de la démocratie ?
_ Pour établir un large consensus politique et ménager les plus conservateurs les
gouvernements optent pour une république modérée. Ils votent de nombreuses lois pour en faire une démocratie libérale et un régime populaire. Une première série de lois renforce les libertés
individuelles et font progresser les droits sociaux. Ainsi, la liberté de la presse et de réunion sont votées en
1881.
_ Les syndicats sont autorisés en 1884, de même que
le divorce. Une loi sur les associations est votée en 1901 (elle est toujours d'actualité).
Organigramme 1 page 314 : Un régime parlementaire
Tableau 3 page 315 : Le suffrage universel, fondement du régime
Question 2 page 314 : Qui
vote ? Comment se déroule une élection ?
_ Le suffrage universel masculin à partir de 21 ans permet à la
Nation de s’exprimer par le vote pour élire les représentants des citoyens.
_ Les femmes sont exclues de la vie politique malgré le fait que l’épisode
révolutionnaire de la Commune de Paris avait accordé aux femmes le droit de vote.
Nation (p.
324) : Communauté d’hommes qui se reconnaissent une certaine unité et ont la volonté de vivre ensemble.
Organigramme 1 page 314 : Un régime parlementaire
Qui détient le pouvoir exécutif ? Le pouvoir
législatif ?
_ La III République est un régime parlementaire doté
de lois constitutionnelles qui permettent le bon fonctionnement des institutions de l’Etat.
_ Le régime donne une grande importance au pouvoir législatif caractérisé par un
bicamérisme (présence de deux Chambres législatives : Sénat et Chambre des députés).
Régime parlementaire (p. 314) : régime dans lequel le gouvernement est responsable devant l’Assemblée qui peut le renverser.
Lois constitutionnelles (p. 324) : Lois qui définissent le fonctionnement des institutions de l’Etat.
II. Quels sont les valeurs et les symboles
diffusés par la République ?
A. Comment la République forme-t-elle des citoyens ?
1. Comment les valeurs républicaines sont-elles diffusées à l’école ?
Lien vidéo (6 min 52) : L’école de Jules Ferry forger l’amour de la nation : http://www.cndp.fr/tdc/tous-les-numeros/ecole-et-nation/videos/article/lecole-de-jules-ferry-forger-lamour-de-la-nation.html
_ La
culture politique est un ensemble de références, de représentations, de pratiques, formalisées au sein d’un parti, d’une famille politique et qui leur confèrent une
identité propre. La culture républicaine est forgée par les pratiques démocratiques (vote lors des élections…) et par l’école devenant sous la III République laïque, gratuite et
obligatoire.
Lien vidéo (6 min 30) : L’école de Jules Ferry : pour un enseignement gratuit, laïc et obligatoire : http://www.cndp.fr/tdc/tous-les-numeros/ecole-et-nation/videos/article/lecole-de-jules-ferry-pour-un-enseignement-gratuit-laic-et-obligatoire.html
Texte 1 page 320 : Les lois sur l’organisation de l’école publique
Question 1 page 321 : Quel niveau de l’école est concerné par ces
lois ? En quoi la gratuité, l’obligation et la diversité des enseignements primaires sont-elles des facteurs de progrès social ?
Texte 1 page 320 : Les lois sur l’organisation de l’école publique
Texte 5 page 321 : Former des républicains
Question 5 page 321 : Comment se manifeste la volonté de fonder une école
laïque ?
_ Les « lois Ferry » (de Jules Ferry) rendent l'enseignement primaire gratuit, obligatoire (loi de 1881) et laïc (loi de 1882), avec une obligation scolaire jusqu'à 13 ans. La laïcité devient une valeur républicaine. Une loi de 1885 organise
l'enseignement public et impose une « laïcisation » du personnel, complétée en 1904 par l'interdiction d'enseigner pour les
congrégations religieuses. C'est une véritable rupture car jusque là les congrégations avaient la haute main sur l'éducation en France.
_ Les filles bénéficient des lois de Jules Ferry, mais elles ne peuvent pas passer le
baccalauréat jusqu’en 1908 et ne peuvent donc pas poursuivre des études supérieures.
Jules FERRY (p. 325) : (1832-1893) Avocat, député républicain et anticlérical, il est plusieurs fois ministre et chef du gouvernement de 1879 à 1885. Il fait adopter les lois
scolaires, les lois sur les libertés publiques et mène une importante politique de conquête coloniale.
Laïcité (p.
318) : principe qui consiste à supprimer l’influence de la religion dans la vie publique et à la réduire à la sphère privée.
Photographie 4 page 321 :L’école au cœur du projet républicain
Quel est le rôle des instituteurs dans la formation du républicain ?
_ Les instituteurs laïcs ont un rôle important dans la diffusion des
idéaux républicains et patriotiques auprès de leurs élèves. Qualifiés de « hussards noirs de la République » cause de leurs uniformes civils noirs, ils font
l’admiration de leurs élèves comme le poète Charles Péguy.
2. En quoi consiste la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ?
Texte 2 page 366 : Extraits de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9
décembre 1905
Question 2 page 367 : Expliquez le
contexte, les objectifs et les principales dispositions de la loi de 1905.
_ la France devient un Etat laïque avec plusieurs lois :
* La loi de 1904 rompt les relations de la France avec le Vatican. La France étaient
auparavant considérée comme « la fille aînée de l'Église ».
* La loi de séparation de l'Église et de l'État est
votée en 1905. « La République ne reconnaît, ne subventionne aucun culte ».
Approfondissement dans la partie : La république, les religions et la
laïcité
3. Comment se forme un patriotisme républicain ?
Affiche 1 page 312 : Le triomphe de la République et de ses valeurs
Buste de Marianne 1 page
324
Quels sont les symboles et les valeurs de la
République ?
OU
Question 6 page 323 : Pourquoi
associer, à la fin du XIX siècle, République et travail ? République et justice ?
_ Des fêtes et des symboles contribuent à l'enracinement de la République et à la
diffusion d’un patriotisme républicain :
* La Marseillaise devient officiellement
l'hymne national en 1879 ;
* le 14 juillet est reconnu comme fête nationale en 1880 ;
* les représentations de Marianne se multiplient
ainsi que toute une imagerie républicaine.
* La loi municipale de 1884 instaure l'élection au suffrage universel masculin du conseil municipal, qui désigne ensuite le maire de chaque commune. Il est
demandé au maire d'avoir un local spécifique pour exercer ses fonctions : des mairies avec la devise de la République « Liberté, égalité, fraternité » sont
édifiées dans les villages et participent à la diffusion d'une culture républicaine dans les campagnes.
Patriotisme (p. 324) : volonté de défendre un territoire national où vit une communauté d’hommes attachés à une histoire, une culture et des valeurs spécifiques.
Tab1eau 2 page 324 : Une fête républicaine
En quoi le service militaire peut-il renforcer le patriotisme
républicain ?
_ Le service militaire est le « creuset des Français ». Le service
militaire de 3 ans est créé par la loi de 1889. A cause du principe d’égalité tous les jeunes hommes doivent participer à ce service. Cela permet un brassage social et géographique par le mélange de personnes venant de toutes les régions françaises et de toutes les classes sociales. Le Français se
généralise auprès de toutes les populations.
III. Comment la République parvient-elle à
surmonter trois crises de 1885 à 1906 ?
A. Dans quelle mesure la crise boulangiste
représente une tentation autoritaire motivée par l’antiparlementariste ? (1886-1889)
En quoi consiste la crise boulangiste ? En quoi représente-t-elle un danger pour la
République ?
Texte 4 page 315 : la crise boulangiste (1886-1889)
Questions 5 page 314 :
Quelles critiques les boulangistes font-ils du régime républicain ? Quelles réformes proposent-ils ? Comment qualifier le régime qu’ils
veulent instaurer ?
Texte 5 page 315 : La défense de la République face aux
boulangistes
Questions 6 page 314 :
Quels sont les arguments des républicains contre Boulanger ?
_ Le général Boulanger est un ministre de la guerre très populaire à cause de son
opposition envers l’Allemagne qui a annexé l’Alsace-Lorraine. Alors que les monarchistes disparaissent de la vie politique Boulanger
rallie une partie des conservateurs ainsi que des mécontents de gauche. Le boulangisme se caractérise par son antiparlementarisme et sa volonté d’installer un régime autoritaire.
_ Le général Boulanger provoque une crise de 1886 à 1889 en s'opposant au régime républicain. Elu triomphalement à paris il refuse néanmoins de prendre le pouvoir par la force. Mis en
accusation par les Républicains il s’enfuit puis se suicide en 1891.
Antiparlementarisme (p. 318) : hostilité au régime parlementaire et à ses hommes politiques.
_ Le scandale politique et financier de Panama renforce l’antiparlementarisme. Une
tentative de coup d’Etat par le revanchard Paul Déroulède a lieu en 1899 mais c’est un échec.
B. Par quelles actions l’anarchisme
s’oppose-t-il à la « République bourgeoise » ?
Illustration 1 page 318 : L’assassinat de Sadi Carnot par des
anarchistes
Par quelles actions se manifeste l’opposition des anarchistes à la
République ?
_ L’anarchisme conteste la « république
bourgeoise » favorable aux propriétaires et veulent détruire l’Etat. Une vague d’attentats multiplient les violences entre 1892 et 1894 en particulier à Paris. Même le président de la
République Sadi Carnot est assassiné à Lyon par des anarchistes en 1894.
Anarchisme (p. 318) : courant révolutionnaire qui refuse le système républicain et préconise la violence pour détruire le pouvoir de la bourgeoisie.
C.
En quoi l’Affaire Dreyfus montre une division des Français entre valeurs républicaines et nationalisme ? (1898-1906)
Texte 1 page 316 : « J’accuse » (1898) : l’affaire devient une crise
politique
Question 5 page 317 : Quelles sont
les accusations formulées par Zola ? A qui s’adressent-elles ?
Texte 2 page 317 : L’antisémitisme des adversaires de Dreyfus
Question 6 page 317 : Pourquoi
Dreyfus est-il coupable selon Barrès ?
Texte 2 page 317 : L’antisémitisme des adversaires de Dreyfus
Caricature 3 page 317 : La société déchirée par l’Affaire ?
Question 6 page 317 : Comment ces
documents traduisent-ils la violence politique à l’époque de l’Affaire ?
_ L’Affaire Dreyfus divise la société française de 1898 (parution de la lettre
d’Emile Zola) jusqu’en 1906 (réhabilitation de Dreyfus). L’officier juif alsacien Alfred Dreyfus est condamné pour haute trahison par un tribunal militaire
à partir d’un faux document. L’écrivain Emile Zola à partir de la publication de l’article « J’accuse » en 1898 mobilise les intellectuels en faveur de Dreyfus. Les ligues nationalistes déclenchent une campagne antisémite contre Dreyfus et pour
l’armée.
_ La grâce de Dreyfus par le président de la République Loubet en 1899 et sa
réhabilitation en 1906 mettent fin à la crise.
Alfred Dreyfus (p. 389) : (1859-1935) Issu d’une famille de la bourgeoisie juive alsacienne, ce capitaine est accuse en 1894 d’avoir livré des secrets militaires à
l’Allemagne. Il est condamné à la déportation en Guyane. Sa famille et ses proches réussissent à convaincre des hommes politiques et des intellectuels de son innocence. L’affaire Dreyfus devient
alors publique. En 1899, il est condamné à dix ans de réclusion après un nouveau procès mais il est gracié par le président de la République Emile Loubet. Il est réhabilité et réintégré dans
l’armée en 1906. Décoré de la Légion d’honneur, il sert au cours de la Première Guerre mondiale.
Emile Zola (p. 393) : (1840-1902) Ecrivain français. Chef de file de l’école naturaliste qui veut appliquer la rigueur scientifique à la description des faits humains
et sociaux. Il entreprend en particulier un grand cycle romanesque sur une famille au temps du Second Empire : Les Rougon-Macquart. Il s’engage très tôt dans la défense de Dreyfus et
publie en 1898 un article retentissant, « J’accuse », pour lequel il est condamné. Il devient alors la cible des anti-dreyfusards.
Texte 1 page 316 : « J’accuse » (1898) : l’affaire devient une crise
politique
Texte 2 page 317 : L’antisémitisme des adversaires de Dreyfus
Texte 4 page 317 : Défendre Dreyfus, c’est défendre la République
Question 7 page 317 : Quelles sont
les valeurs républicaines mises en péril par l’Affaire ?
_ L’Affaire Dreyfus divise la société française et est l’occasion d’un affrontement
pour déterminer sur quelles valeurs doivent être basées la République. Les antidreyfusards justifient leur position par leur nationalisme et la raison d’Etat, par un discours militariste et souvent antisémite. Les dreyfusards agissent au nom des droits de l’homme, de la justice.
_ La victoire des dreyfusards renforce la République car elle montre que la
République a réussi à implanter ses valeurs dans l’esprit des citoyens.
Nationalisme (p. 316) : idéologie qui exalte la supériorité nationale et appelle à la lutte contre les « ennemis » extérieurs (les autres nations) et intérieurs (les Juifs
notamment).
Raison d’Etat (p. 319) : intérêt de l’Etat qui est invoqué pour justifier une action illégale ou injuste.
CONCLUSION : À la fin des années 1890 la République est définitivement implantée
et n'est plus contestée. Elle fait même partie de l'identité française. Elle n'a plus rien à craindre de ses opposants traditionnels, mais la montée des nationalismes et des ligues d'extrême
droite laissent présager de nouveaux périls.
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